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Réinventer le rôle des enseignant·es | Publication

8 septembre 2021 Collégial et universitaire

Dans son article « Reinventing Our Role as Teachers » et publié sur le site web Inside Higher Education, Steven Mintz, professeur d’histoire à l’Université du Texas à Austin, imagine ce que pourrait ou devrait être un enseignant·e dans un monde « post-covid ». Sa réflexion s’inspirant du modèle des collèges américains peut s’appliquer au contexte québécois.

La pandémie qui secoue le monde et le monde des études supérieures force le corps enseignant à revoir ses pratiques. Steven Mintz appelle les enseignant·es à (ré)inventer leur métier d’une manière rigoureuse et créative.  

Quelques défis actuels de l’enseignant·e

Les défis d’enseigner aujourd’hui sont nombreux. L’enseignant·e doit accueillir les débats de société et rendre sa matière « plus inclusive et diversifiée »; il·elle doit adapter ses stratégies pédagogiques afin que l’enseignement et l’apprentissage soient dialogiques; le corps enseignant doit établir des relations « plus soutenantes et stimulantes » avec la population étudiante; enfin, l’enseignant·e doit repenser les évaluations afin qu’elles soient plus « justes » (Mintz, 2021).

« Nous pouvons enseigner comme on nous l’a appris, ou nous pouvons faire appel à notre imagination et à notre ingéniosité pour concevoir des expériences d’apprentissage puissantes et mémorables qui vont au-delà des cours magistraux ou des discussions et qui interpellent nos étudiants, les aident à se développer sur le plan cognitif, social et éthique, et laissent une empreinte durable. » (traduction libre)

Mintz, 2021

Six principes pour un enseignement inspiré et inspirant, selon Mintz

  1. L’enseignement est un art créatif
  2. L’enseignement est une performance
  3. L’enseignement est un mentorat;
  4. L’enseignement est un métier;
  5. L’enseignement est une science;
  6. L’enseignement est l’ingénierie de l’apprentissage.

À la lumière de ces principes, pour être un·e enseignant·e inspirant·e et inspiré·e, il faut, selon l’auteur, accepter de quitter sa zone de confort et sortir des sentiers battus. Sans sombrer dans la caricature, l’enseignant·e doit également être un acteur·trice, dans la mesure où il·elle doit incarner son savoir, le communiquer et, si requis, émouvoir les étudiant·es par sa méthode d’enseignement, sa performance autant que par sa matière. De plus, l’enseignant·e n’est pas un·e simple transmetteur·trice de connaissances, il·elle doit viser une approche holistique de l’enseignement. L’auteur invite les enseignant·es à accueillir les étudiant·es dans toutes leurs dimensions comme le font les mentor·es.

Par ailleurs, le métier d’enseignant·e implique d’acquérir des compétences, mais aussi d’affiner son jugement à la lumière de son expérience auprès des étudiant·es. Loin de tourner le dos à une approche « scientifique » et rigoureuse de l’éducation, Mintz suggère de ne pas rompre le fil qui relie les scientifiques aux praticien·nes en intégrant les découvertes des neurosciences, des sciences cognitives et du développement aux méthodes d’enseignement. Ce qui ne doit pas exclure la réciproque : les scientifiques devraient tendre l’oreille à la voix, voire aux découvertes, des praticien·nes de l’enseignement. Enfin, il faudrait non seulement transmettre les contenus de manière à captiver le public étudiant, mais aussi réfléchir aux stratégies pédagogiques et d’apprentissage comme à une structure d’ingénierie, selon Mintz.

Image : Canva

L’enseignement est une science en cinq faits

« 1. L’apprentissage durable exige un effort de la part des élèves. » Mintz

« Les instructeurs·trices peuvent promouvoir l’apprentissage durable par des interrogations fréquentes et en espaçant ou en répartissant l’exposition au contenu dans le temps et en encourageant les étudiants à pratiquer de façon répétée des compétences, à récupérer des informations et à mélanger ou entrelacer plusieurs sujets lorsqu’ils étudient. » (traduction libre)

Mintz (2021)

« 2. Les instructeurs·trices doivent éviter de surcharger la mémoire de travail des étudiant·es. » Mintz

Comment? En divisant la matière; en faisant ressortir les éléments principaux et en écartant les détails superflus; en utilisant les mots et les images en complémentarité; en tablant sur les acquis des étudiant·es; en expliquant les notions clés avant d’aborder la matière complexe; en privilégiant une langue informelle en classe (Mintz, 2021).

« 3. L’engagement, la motivation et l’état d’esprit jouent tous un rôle important dans l’apprentissage. » Mintz

Pour susciter l’engagement, il importe, par exemple, selon le professeur, d’associer la matière enseignée avec un élément de l’actualité. De plus, comme « sans motivation, il n’y a ni persévérance ni apprentissage », l’étudiant·e doit comprendre la valeur du savoir communiqué par son enseignant·e. Quant à l’état d’esprit des étudiant·es, il s’agit d’un levier essentiel, soit vers la réussite ou l’échec. Le sentiment d’appartenance et la conviction que le travail et la méthode peuvent mener à la réalisation des objectifs mèneraient, le plus souvent, les étudiant·es à la réussite scolaire, selon l’auteur.

« 4. Une rétroaction efficace joue un rôle essentiel pour aider les élèves à maîtriser les compétences et la matière. » Mintz

« 5. La métacognition – le développement de la conscience de soi – est essentielle pour former des apprenants indépendants. » Mintz

Selon l’auteur, l’apprentissage autorégulé des étudiant·es, conscient·es à la fois de leurs potentiels et de leurs « limites » actuelles sur un sujet donné, contribuerait à la réussite scolaire.

Un âge d’or de l’enseignement et de l’apprentissage?

Enfin, l’auteur évoque l’affirmation selon laquelle notre époque serait un « âge d’or de l’enseignement et de l’apprentissage », et y met un bémol. En effet, à ses yeux, les enseignant·es et les étudiant·es sont les seul·es témoins des pratiques pédagogiques et d’apprentissage en classe. « Nos salles de classe restent ce qu’elles étaient par le passé, des boîtes noires où les observateurs extérieurs s’immiscent rarement. » (Mintz, 2021) Difficile, donc, d’évaluer les pratiques enseignantes avec rigueur.

Par ailleurs, en ce qui concerne la formation des enseignant·es, elle devrait s’adapter et se décliner en fonction des spécificités des différentes disciplines enseignées, et ce, tant du point de vue des méthodes, des argumentaires que de la manière de présenter les contenus.

« Le modèle constructiviste qui domine la théorie de l’apprentissage depuis les années 1970 reflète une vision trop étroite de la manière dont les étudiant·es apprennent en sous-estimant la valeur des connaissances fondamentales et le rôle de l’enseignant·e dans la direction, l’orientation et l’étayage de l’apprentissage, ainsi que dans le retour critique et l’évaluation. » (traduction libre)

Mintz, 2021

L’évaluation des apprentissages constitue un autre enjeu majeur à repenser, selon Mintz, notamment concernant l’accent mis sur les « résultats mesurables » au détriment des objectifs d’apprentissage.

Ainsi, Steven Mintz conclut son article par cette phrase : « Nous sommes en première ligne, et la réussite des élèves dépend en grande partie de la façon dont nous nous acquittons de nos responsabilités multiformes. » (Mintz, 2021). Aucun doute dans son esprit, si réussite il y a, il s’agit d’une réussite conjointe de l’étudiant·e et de l’enseignant·e, mais l’enseignant·e demeure le·la mentor·e. À lui·elle d’innover.

Référence : Mintz, S. (2021). Reinventing Our Role as Teachers. Inside Higher Education.  

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