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Enseigner l’écriture, une compétence essentielle | Publication

26 octobre 2021 Collégial et universitaire

Dans son article « Helping Students Become Better Writers » publié sur le site web Inside Higher Education, Steven Mintz suggère cinq pistes d’enseignement de l’écriture, tirées de sa propre expérience professorale à l’Université du Texas, à Austin.

Aucun·e professeur·e ne niera l’importance de la maîtrise de l’écriture dans la réussite éducative de la population étudiante. Il s’agit d’une compétence essentielle. Encore faut-il l’enseigner adéquatement. Sur la capacité des professeur·es à enseigner l’écriture, Mintz écrit :

« Nous ne sommes peut-être pas en mesure de les aider à écrire avec style, grâce, élégance et panache, mais nous pouvons certainement les aider à écrire avec clarté, concision, précision, impact, engagement et cohérence. » (traduction libre)

Mintz (2021). Helping Students Become Better Writers

Cela dit, Mintz reconnaît les lacunes de la formation des professeur·es en matière d’enseignement de l’écriture. Ce savoir est souvent acquis et possédé de manière informelle et se transmet donc plus difficilement. La plupart du temps, la responsabilité de développer les compétences rédactionnelles est laissée aux centres d’aide à l’écriture ou aux cours dédiés à la rédaction. Or, selon l’auteur, omettre d’enseigner l’écriture à la population étudiante mènera les diplômé·es à frapper un mur professionnel. La majorité des emplois exigent un minimum de compétences rédactionnelles. L’enseignement de la pensée doit aller de pair avec l’enseignement de l’écriture, ce qui constituerait, selon Mintz, une compétence essentielle du corps professoral.

Guides de rédaction et processus d’écriture

Selon Mintz, les conseils formels contenus dans les nombreux guides sur l’art de l’écriture n’aideront probablement pas l’étudiant·e à rédiger des textes universitaires. Certain·es auteur·trices de ces guides invitent à aller plus loin que la simple application de règles stylistiques strictes formatant l’écriture.

« Ainsi, Zinsser, par exemple, souligne l’importance de la voix, du flux et de la structure, en commençant par une amorce pour engager les lecteurs. Il invite les écrivains à s’exprimer à la première personne, à s’adresser directement au lecteur et à utiliser diverses astuces pour maintenir l’attention du lecteur. » (traduction libre)

Ibid.

Mintz reconnaît l’intérêt de cette approche, mais il privilégie la qualité et la pertinence des travaux d’un linguiste et spécialiste des sciences cognitives de Harvard, Steven Pinker.

« Selon lui [Pinker], la langue est une entité vivante qui ne peut être réduite à une série de règles ou de préceptes rigides. […] L’art de l’écriture consiste donc à prendre un réseau complexe d’idées et à traduire ces idées en un récit ou un argument présenté dans une séquence linéaire. » (traduction libre)

Ibid.

Cinq pistes d’enseignement de l’écriture

Image : Canva

Inspiré par cette lecture plus « cognitiviste » de l’écriture, l’auteur partage avec le lectorat ses pistes d’enseignement de l’écriture dans un contexte d’apprentissage scolaire :

1. Clarifier l’objectif du texte à rédiger. Le texte doit-il être de nature informatif, analytique ou démonstratif? Le professeur·e doit contribuer à clarifier la nature du texte à composer pour que l’étudiant·e respecte les balises propres au type de contenu et adopte le ton requis;

2. Expliquer le lien entre une écriture déficiente et une pensée déficiente. Le rôle des professeur·es consiste, selon l’auteur, à expliquer aux étudiant·es comment formuler et « affiner » une thèse. L’évaluation des arguments et des preuves doit accompagner le processus d’écriture. Une pensée solide et cohérente permet d’écrire d’une manière limpide;

3. Reconnaître qu’écrire, c’est réfléchir. L’écriture est aussi un processus de réflexion. L’écriture et la pensée s’affinent en écrivant. Nul besoin d’avoir une idée précise de ce que l’on veut écrire pour commencer à écrire. Le processus d’écriture guide la pensée. Selon l’auteur, le processus d’écriture même « génère des idées », d’où un va-et-vient nécessaire entre la pensée et l’écriture;

4. Rappeler qu’une opinion n’est pas un argument. Un argument « doit reposer sur des preuves, des connaissances, un raisonnement logique et un esprit critique ». L’écriture efficace et efficiente va de pair avec une argumentation « nuancée et convaincante »;

5. « Écrire, c’est réécrire », selon Mintz. Si l’écriture est un art, elle est aussi le geste d’un·e artisan·e qui peaufine son œuvre. L’écriture est un art qui s’affine avec la pratique et l’expérience; un art qui nécessite du goût et du jugement.

L’écriture comme compétence informationnelle de l’étudiant·e

« Soyons clairs : l’écriture n’est pas simplement une autre compétence commercialisable qui augmentera la valeur d’un étudiant sur le marché du travail. C’est, à mon avis, la compétence centrale qui se trouve au cœur même d’une éducation universitaire. » (traduction libre)

Ibid.

Pour Mintz, l’écriture supplante même, en un sens, la parole : « Ce n’est que par l’écriture que les arguments ou les idées prennent leur forme la plus sophistiquée. »

En somme, l’enseignement et l’apprentissage de l’écriture doivent être considérés par le corps professoral comme indissociables de l’enseignement et de l’apprentissage de la pensée critique.

Le métier d’étudiant

Consultez la fiche Notion clé « Le métier d’étudiant : de quoi parle-t-on? » du dossier CAPRES (2020) sur les Transitions interordres et intercycles en enseignement supérieur pour mieux comprendre le rôle des compétences informationnelles, dont l’écriture, dans un contexte d’études postsecondaires.

Sources : Mintz, S. (2021). Helping Students Become Better Writers. Inside Higher Education.

Zinsser, W. (2016). On Writing Well: The Classic Guide to Writing Nonfiction. HarperCollins.

Site web de Steven Pinker.

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