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Que retenir du colloque Numérique 2020 ? | Compte-rendu (2/2)

24 novembre 2020 Collégial et universitaire

Le colloque Numérique 2020, organisé par la TÉLUQ en collaboration avec le gouvernement du Québec et plusieurs partenaires, s’est tenu en ligne les 2 et 3 novembre 2020. Voici le deuxième de deux articles portant sur les présentations qui ont retenu l’attention de l’équipe du CAPRES.

Dans le premier article, il a été mentionné que cette deuxième édition du colloque Numérique 2020 | Journées du numérique en enseignement supérieur visait notamment à répondre aux objectifs du Plan d’action numérique en éducation et en enseignement du gouvernement québécois.

Gouvernance de la transformation des établissements d’enseignement supérieur par le numérique : défis et enjeux

En plus de transformer les pratiques pédagogiques en classe, le numérique offre le potentiel aux établissements de revoir les outils et pratiques d’enseignement, de recherche et de gestion. Pour cela, ils doivent développer une vision, une stratégie, en plus de la mettre en application. Les panélistes ont donc présenté leur modèle de gouvernance et les mécanismes internes qui ont soutenu le virage numérique du printemps 2020.

  • De l’UQAM, Renée-Claude Lafontaine (directrice exécutive au vice-rectorat aux systèmes d’information) et Frédéric Fournier (président du comité sur l’apprentissage et la recherche et professeur-chercheur) ont présenté le modèle unique de l’établissement, basé sur les piliers de la mutualisation, de la collégialité et du rapprochement. Ils ont fait état du comité-conseil sur la gestion des TIC, qui réunit des experts externes pour orienter les actions de l’UQAM, et du comité apprentissage-recherche, qui est le lieu de réflexion et de décisions pour les choix technologiques académiques et en recherche.

Les conférenciers ont notamment souligné que la culture numérique de l’UQAM mise davantage sur développement de la collaboration que sur la productivité.

  • De l’Université d’Ottawa, Aline Germain-Rutherford (vice provost aux affaires académiques) a présenté le plan d’action Transformation 20-30, dont la mise en œuvre a été accélérée en raison de la pandémie. Une recherche longitudinale est en cours à l’Université d’Ottawa en vue de mesurer les impacts de la pandémie. Les actions de l’établissement s’inscrivent dans un processus à long terme. Le modèle de soutien pédagogique repose sur un pôle de proximité par faculté, formé de professeur·e·s expérimenté·e·s souhaitant partager leur vision pédagogique avec leurs pair·e·s, de professionnels·les des services aux étudiant·e·s et de membres de la population étudiante.
  • Du Collège Ahuntsic, Charles Duffy (directeur des études) a expliqué que les premières balises en ce qui concerne le numérique ont été instaurées dans les programmes de la santé, vers 2006. Il a ensuite présenté des outils disponibles sur le site web du collège, dont un guichet universel pour les étudiant·e·s à distance. Il a aussi affirmé que l’évaluation à distance reste un défi institutionnel à relever.

Enjeux et perspectives : un virage numérique adapté à la condition étudiante

Voici les faits saillants de l’exposé des représentant·e·s des associations étudiantes sur la formation à distance (FAD) :

  • La FAD ne doit pas remplacer le présentiel : il est très difficile de recréer en ligne les avantages des campus, comme le partage enseignant·e/étudiant·e et la socialisation.
  • Les associations étudiantes sont plutôt favorables au eCampus parce qu’il favorise le développement de ressources éducatives libres (REL) et qu’il soutient une certaine uniformité dans les outils technologiques et les environnements numériques d’apprentissage. Elles décrient la multitude écrasante de logiciels, d’environnements et d’applications que les étudiant·e·s doivent s’approprier pour apprendre. L’apprentissage de ses outils technologiques s’ajoute celui  des contenus de formation, alors que la pondération des cours, elle, ne change pas.
  • Les associations étudiantes mettent en évidence l’importance de soutenir l’accessibilité aux études des populations étudiantes et de mettre en place un contexte numérique adapté. Pour elles, les adaptations doivent être pérennes et le ministère devrait prévoir des fonds en conséquence.
  • Les universités devraient mieux outiller les étudiant·e·s pour suivre des cours à distance et valoriser l’encadrement. En ce sens, une bonification de l’aide financière (basée actuellement sur le présentiel) permettrait d’acheter du matériel pour suivre une formation adéquatement.
  • Les établissements postsecondaires gagneraient à harmoniser les technologies sur l’ensemble du territoire pour faciliter les transitions interordres et l’accès aux services (ex. transfert du plan d’intervention de l’étudiant·e de son ancien établissement collégial vers son établissement universitaire).
  • En ce qui a trait aux services psychosociaux, ceux-ci devraient être autant accessibles pour les étudiant·e·s à distance que pour ceux et celles en présentiel et avoir des délais d’attente raisonnables. Une meilleure promotion des services est aussi à considérer, puisque les étudiant·e·s à distance n’ont pas accès aux kiosques dans les couloirs et aux activités portes ouvertes.

Sur le plan de l’aide à la réussite, les associations étudiantes rappellent que les besoins en FAD sont les mêmes qu’en présentiel. L’encadrement est différent, mais primordial. Il importe que la promotion de ces services soit faite ; il n’est pas naturel pour les étudiant·e·s nouvellement inscrit·e·s de rechercher ces services, qu’ils soient en présentiel ou en FAD.

  • Parmi les pistes à explorer, les associations proposent de créer des espaces pour soutenir la réussite, virtuels et physiques, où les étudiants peuvent collaborer et étudier. Ces lieux aideraient à briser l’isolement.
  • Sur le plan pédagogique, les associations affirment que le corps enseignant devrait davantage miser sur des activités favorisant la discussion pour briser l’isolement découlant de la FAD. Aussi, les établissements devraient s’assurer que les portails sont attractifs pour la communauté étudiante et qu’ils favorisent l’accessibilité. Les évaluations à distance devraient être adaptées plutôt que de miser sur des logiciels de surveillance.

Les représentant·e·s des associations étudiantes ont rendu leur diaporama disponible.

Des responsabilités nouvelles pour l’éducation

Jacqueline Dubé, du Conseil supérieur de l’éducation, a présenté les grandes lignes des travaux du Comité du rapport sur l’état et les besoins de l’éducation (CREBE) portant sur les représentations sociales du numérique et sur l’intelligence artificielle (IA).

Elle explique l’enjeu des représentations sociales en soutenant son exposé sur le document préliminaire qui a été présenté en conférence d’ouverture par Maryse Lassonde. Au sujet de l’IA, les enseignant·e·s disent craindre une automatisation de l’enseignement. Pourtant, plusieurs recherches pointent dans le sens que l’enseignement est l’une des cinq professions d’avenir. L’IA va toutefois nécessiter de revoir le design des cours, l’évaluation des apprentissages et l’enseignement de la littératie des données afin que la population sache comment fonctionne les algorithmes et reste vigilante.

L’IA ne doit pas demeurer une boite noire ; l’éducation a un rôle à jouer pour amener la population à mieux comprendre le fonctionnement de l’intelligence artificielle afin d’en limiter les dérives.

Aporie des visions sur la place du numérique en enseignement supérieur – un dilemme faustien

Dans cette conférence, Michel Umbriaco, professeur à la TÉLUQ, a conclu le colloque Numérique 2020 avec philosophie : nous sommes pris avec le numérique, il faut essayer de faire de notre mieux, dans la mesure de ce qui est possible. C’est aussi une erreur de penser que la FAD permet aux établissements de faire des économies.

Martin Maltais, professeur à l’UQAR, a quant à lui exposé un graphique illustrant de taux d’accroissement de la population au Québec depuis 1973. De son analyse, les universités devront faire face à une augmentation de la population étudiante de l’ordre de 35 % au collégial et de 57 % à l’université dans dix ans. Si l’on devait effectivement accueillir ces étudiant·e·s dans les établissements postsecondaires dans dix ans, «  il faudrait construire l’équivalent de deux campus de l’Université de Montréal », illustre-il.

L’enseignement à distance sera certainement envisagé comme une piste de solution pour l’enjeu démographique. Il faudra cependant se dégager de l’envie de reproduire la présence en distance, un réflexe normal – compte tenu des centaines d’années d’expérience en enseignement présentiel – dont il faudrait se détourner.

Consulter le premier article du CAPRES sur le Colloque Numérique 2020

Consulter le site du colloque Numérique 2020 | Journées du numérique en enseignement supérieur

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