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Réussite des jeunes des quartiers défavorisés en France | Résultats

6 juillet 2020 Collégial et universitaire

Une équipe de recherche du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), en France, examine si le fait de résider dans des quartiers défavorisés a un impact sur le parcours d’études des jeunes.

Dans leur étude réalisée en collaboration avec l’Agence nationale de la cohésion des territoires et intitulée Que deviennent les jeunes des quartiers prioritaires de la ville après leur bac (juin 2020), Thomas Couppié et Mélanie Vignale puisent dans les données de la vaste Enquête 2016 sur la Génération 2013 pilotée par le Céreq. Les résultats de leur analyse permettent d’éclairer les trajectoires de formation et d’emploi des jeunes qui, sortis en 2013 du système éducatif, résidaient dans des « quartiers prioritaires » au moment de l’obtention de leur bac (baccalauréat français, vers 17-18 ans).

En France, les « quartiers prioritaires » désignent les territoires urbains défavorisés où les résidents vivent de plus grandes difficultés sociales. Les jeunes de ces zones rencontrent des obstacles dès les premières années de leurs parcours scolaire et professionnel.

L’effet quartier

Selon les auteurs, l’ « effet quartier » est évolutif dans le temps et peut revêtir diverses dimensions, notamment :

  • les conditions de vie défavorables aux études (logement sur-occupé, équipements insuffisants);
  • la ségrégation sociale qui nuit aux apprentissages (effets de pairs, affectation dans des établissements scolaires accueillant des jeunes défavorisés, rotation et jeunesse du personnel enseignant, infrastructures défaillantes);
  • les difficultés d’acquisition d’informations tout au long de leur parcours scolaires (en orientation, sur les opportunités d’emploi, etc.).

Cet « effet quartier » peut aussi renvoyer à des pratiques empreintes de préjugés à l’égard des jeunes, notamment dans les orientations proposées et plus tard sur le marché du travail.

Trois grands constats

Poursuite des études

L’équipe de recherche a constaté que la poursuite des études est globalement plus faible chez les jeunes des quartiers défavorisés, mais plus importante chez les bacheliers professionnels.

Ce ne sont pas uniquement les origines sociales et migratoires qui expliqueraient cette différence, mais aussi un effet propre à la résidence dans un quartier défavorisé au moment du bac, l’identification au quartier constituant un marqueur social en tant que tel.

Orientation et réussite

Ces jeunes s’inscrivent moins souvent dans les filières plus élitistes (écoles d’ingénieurs, de commerce, d’art) et davantage dans les formations de proximité ou non sélectives, comme l’université en France.

Selon les auteurs, cela peut résulter à la fois du niveau scolaire en moyenne plus faible de ces jeunes scolarisés dans des établissements « défavorisés » ou, comme pour les jeunes issus de l’immigration, d’une forme d’autocensure, d’une information partielle sur la palette des formations possibles.

Image : Pixabay

L’écart des taux d’échec en enseignement supérieur est particulièrement fort à l’université pour ces jeunes (45 %, vs 29 % pour les jeunes d’autres quartiers). Les jeunes de quartiers défavorisés « paient » alors une orientation inadaptée en enseignement supérieur.

Trajectoires professionnelles

Les jeunes résidant dans un quartier défavorisé au moment de leur bac se sont donc, en moyenne, moins souvent engagés dans l’enseignement supérieur, pour des scolarités plus courtes et moins prestigieuses.

Ces jeunes ont un accès plus faible à l’emploi, dont dépend entre autres le parcours scolaire antérieur.

À caractéristiques sociodémographiques et parcours scolaire identiques, ces jeunes ont 1,3 fois moins de chances d’être en emploi plutôt qu’hors de l’emploi trois ans après la sortie de formation initiale par rapport aux autres. Cependant, ils ont aussi 1,2 fois moins de chances d’occuper un poste de cadre ou de profession intermédiaire.

Ce cumul de caractéristiques défavorables conduisant à des emplois moins qualifiés dans l’emploi pourrait expliquer que les jeunes qui résidaient dans les quartiers prioritaires ont un sentiment d’un déclassement plus fort : 35 % de ceux occupant un emploi salarié s’estiment utilisés en-dessous de leur niveau de compétence.

En somme, à caractéristiques individuelles des jeunes égales, notamment à diplôme égal, l’effet attribuable au quartier au moment du bac s’avère d’ampleur relativement limitée sur les conditions d’accès à l’emploi.

C’est surtout le niveau de diplôme atteint qui pèse sur l’insertion professionnelle. Or, ce dernier est lui-même le produit du parcours d’études qui lui est fortement conditionné par le fait de résider, au moment du bac, dans un quartier défavorisé.

Poursuivre et réussir ses études supérieures constitue pour ces jeunes un véritable parcours du combattant : difficultés scolaires, processus d’orientation successifs, échecs à l’université, etc. Ces obstacles montrent que des inégalités scolaires massives subsistent.

Source : Couppié, T. et Vignale, M. (2020). Que deviennent les jeunes des quartiers prioritaires de la ville après leur bac ?, Céreq Bref, n° 391, 4 p.

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