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D’étudiants à risque à étudiants prometteurs | Nouvelle

5 novembre 2019 Collégial et universitaire

En Californie, un projet de loi vise à modifier l’expression « étudiants à risque » pour « étudiants prometteurs ».

L’étiquette « à risque », utilisée aux États-Unis pour qualifier les jeunes vivant des situations difficiles ou provenant de milieu défavorisé, est jugée stigmatisante. Selon les partisans d’un projet de loi approuvé à la mi-octobre dans l’État californien, le terme « à risque » crée des attentes d’échec pour les étudiants les plus vulnérables.

Lindsay McKenzie explique dans un article paru dans Inside Higher Ed que ce changement de terme vise plus qu’une simple transformation sémantique.

Axer sur les forces et non les déficits

Le fait de qualifier les plus vulnérables d’« à risque » est devenu une pratique courante dans les écoles, les collèges et les universités des États-Unis au cours des trente dernières années. On croyait que les jeunes issus de familles à faible revenu et de minorités ethniques avaient des « déficits culturels » qui les empêchaient de bien réussir sur le plan scolaire.

Elizabeth Swadener (School of Social Transformation de l’Arizona State University) a été l’une des premières à soutenir, au début des années 1990, que le fait de qualifier les jeunes d’« à risque » pouvait avoir des conséquences négatives.

Swadener soutient que l’étiquette « à risque » est liée à cette mentalité du déficit culturel, même si elle est parfois employée par des personnes bien intentionnées. En effet, le terme est utilisé dans les demandes de subventions en vue de soutenir ces étudiants. Son usage peut toutefois avoir un impact négatif en raison de son approche axée sur les manques.

Selon la chercheure, la suppression de l’étiquette « à risque » en Californie est une première étape positive pour changer la façon dont les professionnels de l’éducation abordent et pensent l’avenir de ces jeunes.

Image : Pixabay

Plus qu’une étiquette

Le changement de terme s’inscrit donc dans un changement de culture et de pratiques. Victor Rios, professeur de sociologie à l’Université de Californie, est enthousiaste de cette transformation terminologique. Lui-même décrocheur, il donne maintenant des conférences sur la manière dont le fait d’être étiqueté  « à risque » a contribué à l’exclure du système éducatif.

Il soutient qu’être étiqueté comme un jeune à « risque » l’a amené à être traité et se sentir comme tel. Rios a repris l’école dans le but de changer les perceptions sur les jeunes issus de zones à faible revenu comme lui.

Il déplore aussi la façon dont les étudiants de première génération (EPG) sont étiquetés en tant que « non-familiers » (unfamiliar). Selon lui, cette étiquette renvoie à la perception du personnel sur ces étudiants, considérés comme étrangers, autres, voire ne faisant pas partie de la « famille » de l’établissement.

Le pouvoir du langage

Reaching At-Promise Students Association (RAPSA), une organisation à but non lucratif de développement professionnel et de réseautage, a fait pression pour le changement législatif en Californie.

Selon le RAPSA, les mots « échec, décrochage, à risque » ont un grand pouvoir. Travailler avec les étudiants sur la base de leur potentiel, de leurs forces, permettrait davantage d’identifier ce qui les écarte du chemin vers l’obtention de leur diplôme.

Les membres du RAPSA reconnaissent néanmoins qu’un changement de mots ne suffira pas à aider les étudiants; il s’agit plutôt d’un point de départ qui doit être suivi d’actions. Le langage constitue donc un moteur qui permet ensuite d’accomplir des actions, comme celle de traiter ces jeunes comme des atouts dans la société – et non comme des risques.

Le RAPSA tiendra d’ailleurs en novembre, en Californie, son colloque annuel sur les politiques éducatives en vue d’échanger sur les prochaines étapes et encourager de nouvelles pratiques sur les « étudiants prometteurs ».

Consulter le site du RAPSA

Consulter l’article No More ‘At-Risk’ Students in California (Inside Higher Ed)

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