RSS Linkedin Youtube
Ouvrir le menu

Partagez cet article

L’insécurité alimentaire des étudiant·es internationaux·ales | Résultats de recherche

4 novembre 2021 Collégial et universitaire

L’article intitulé « Food Insecurity Among International Post-Secondary Students Studying on a Canadian Campus: A Qualitative Description Study » contient des pistes d’action pour remédier à ce problème affectant la performance scolaire des étudiant·es internationaux·ales (EI) à l’Université de l’Alberta à Edmonton. L’équipe de recherche (Hanbazaza, Kebbe, Perez, Ball, Farmer, Maximova et Willows) qui signe l’article est issue de différentes universités canadiennes et étrangères.

Des ressources financières insuffisantes peuvent causer l’insécurité alimentaire des étudiant·es internationaux·ales (EI), mais des facteurs non financiers influent aussi sur cette réalité nuisant à la santé et à la réussite scolaire. La recherche fait ressortir que les EI de niveau postsecondaire font face à des défis particuliers qui contribuent à leur insécurité alimentaire (Hanbazaza et al., p. 41).

Qu’est-ce que l’insécurité alimentaire?

« Selon une définition du Gouvernement du Canada, l’insécurité alimentaire est “l’incapacité d’acquérir ou de consommer une qualité de régime alimentaire adéquate ou une quantité suffisante d’aliments d’une manière socialement acceptable, ou l’incertitude de pouvoir le faire”. » (traduction libre)

Gouvernement du Canada (2020), cité dans Hanbazaza et al. (2021), p. 34

Méthodologie

La recherche qualitative s’est déroulée à l’Université de l’Alberta, auprès de onze étudiant·es internationaux·ales postsecondaires âgé·es, en moyenne, de 24,5 ans (sur une échelle de 18 à 33 ans), dont huit femmes et trois hommes.

La sélection des participant·es s’appuyait sur trois critères :

  1. Être un EI postsecondaire sans enfant à charge;
  2. Avoir demandé ou reçu de l’aide alimentaire d’urgence d’une banque alimentaire du campus de l’Université de l’Alberta;
  3. Avoir été identifié·es comme souffrant d’insécurité alimentaire dans une étude précédente menée par l’équipe de recherche, basée sur dix questions d’enquête sur la sécurité alimentaire des adultes de l’United States Department of Agriculture des États-Unis (ibid., p.35).

Les témoignages de l’échantillon étudiant ont été recueillis par le biais d’entretiens individuels semi-structurés. D’octobre 2013 à avril 2014, une chercheuse, elle-même EI, a réalisé les entretiens individuels (45-60 minutes) sur le campus. Puis, un second chercheur a contre-vérifié les enregistrements de cinq entretiens en les comparant avec les cinq retranscriptions.

Profil de l’échantillon étudiant

La majorité de l’échantillon (63,7 %) occupait un poste d’auxiliaire de recherche ou recevait de l’aide financière familiale. Les revenus des autres EI variaient entre bourses d’études, économies personnelles et autres emplois. Six EI de l’échantillon étaient originaires de pays asiatiques, et cinq d’Europe et du Moyen-Orient. La plupart étaient inscrits à des cycles supérieurs, étaient célibataires et cohabitaient avec d’autres personnes (ibid., p. 36).

Défis pour atteindre la sécurité alimentaire des EI

De l’analyse des témoignages ressort deux catégories de défis : la logistique et l’accès à une nourriture culturellement appropriée.

Dans la première catégorie, les étudiant·es ont confié manquer de temps, souffrir de l’absence de soutien familial, méconnaître les ressources de dépannage alimentaire et être sans emploi ou sous-employé·es.

Concernant la seconde catégorie, les étudiant·es ont affirmé ne pas avoir accès sur une base régulière à leur nourriture préférée en raison de l’indisponibilité de ces aliments à Edmonton. La réticence à consommer des aliments qui ne leur sont pas familiers et la cherté des aliments préférés ressortent également des témoignages (ibid., p. 36-38).

Conséquences de l’insécurité alimentaire sur l’expérience universitaire des EI

Essentiellement, l’équipe de recherche a constaté la baisse du rendement scolaire du groupe, notamment des problèmes de concentration et d’absentéisme, en classe et aux examens. Elle a aussi observé un sentiment de mal-être affectant l’état physique, la santé mentale et les compétences sociales des EI (ibid., p. 38-39).

Image : Canva

Des enjeux financiers et non financiers

Parmi les enjeux financiers de l’insécurité alimentaire des EI, ceux liés au visa de travail ressortent de la recherche. Permettre aux EI de travailler plus d’heures améliorerait sans doute leur situation financière, même si cela peut nuire à leur performance scolaire et à leur gestion du temps (Hanbazaza et al., 2021, p. 39).

Des facteurs non financiers de l’insécurité financière des EI semblent les distinguer des autres étudiant·es souffrant du même problème. Par exemple, vivre loin de leur famille et de leurs ami·es et devoir gérer l’alimentation quotidienne de manière autonome peut affecter les habitudes alimentaires (ibid., p. 39). L’« acceptabilité » culturelle des aliments semble aussi ressortir de l’analyse de l’échantillon :

« Les étudiants postsecondaires internationaux, tout comme les immigrants au Canada, peuvent ne pas être en mesure d’accéder aux aliments culturels ou religieux préférés en raison des défis liés à l’acculturation alimentaire. » (traduction libre)

Aljaroudi et al., 2019, cité dans Hanbazaza et al., p. 39

De plus, avoir accès à une banque alimentaire sur le campus ne semble pas suffire à contrer l’insécurité alimentaire des EI. En effet, ces banques alimentaires n’ont souvent pas les moyens d’offrir des aliments provenant de différentes cultures (Hanbazaza et al., 2021, p. 40).

Pistes d’action

L’équipe de recherche croit que les établissements d’enseignement postsecondaires devraient aider les EI à adapter leur alimentation dès les rencontres d’orientation en début de programme.

Concrètement, l’équipe propose d’offrir des rabais dans les cuisines communautaires, des ateliers gratuits de cuisine, d’épicerie, de budget et de gestion du temps (ibid., p. 41). Les services aux EI sont aussi invités à fournir aux EI des listes de magasins d’alimentation culturelle et des listes de ressources d’aide alimentaire près du campus. En somme, il s’agit de mieux les informer des ressources disponibles (ibid., p. 40).

Des mesures institutionnelles de financement visant à réduire l’insécurité alimentaire devraient également être mises sur pied ou bonifiées. Par exemple :

  • Éliminer ou réduire des frais de scolarité différentiels;
  • Créer des logements étudiants abordables;
  • Augmenter l’admissibilité aux bourses canadiennes (El Masri, 2020, cité dans Hanbazaza, 2021, p. 41).

Pour aller plus loin, consultez le dossier CAPRES sur les étudiant·es internationaux·ales en enseignement supérieur.

Références : Hanbazaza, M., Kebbe, M., Perez, A., Ball, G., Farmer, A., Maximova, K. et Willows, N. (2021). Food Insecurity Among International Post-Secondary Students Studying on a Canadian Campus: A Qualitative Description Study. Canadian Journal of Higher Education / Revue canadienne d’enseignement supérieur, 51(2), 33–45.

El Masri, A. (2020). International education policymaking: A case study of Ontario’s Trillium Scholarship Program. Scholarly Output Research Creative Excellence.

Gouvernement du Canada (2020). Insécurité alimentaire des ménages au Canada : Survol.

Aljaroudi, R., Horton, S., et Hanning, R. M. (2019). Acculturation and dietary acculturation among Arab Muslim immigrants in Canada. Canadian Journal of Dietetic Practice and Research, 80(4), 172–178.

Mots-clés: -

© 2021 CAPRES all rights reserved / tous droits réservés