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Troubles du spectre de l’autisme et études postsecondaires | Résultats

16 février 2022 Collégial et universitaire

Deux chercheuses en psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Valérie Michaud et Georgette Goupil, s’intéressent aux points de vue d’intervenant·es des services d’aide aux personnes autistes dans les établissements collégiaux et universitaires.

Les résultats de cette recherche qualitative, présentés un article publié dans la Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur (Ripes), vise deux objectifs :

  • documenter les expériences d’intervenant·es des services d’aide d’établissements postsecondaires québécois, en particulier les forces et les difficultés observées chez les étudiant·es ayant un trouble du spectre de l’autiste (TSA);
  • décrire des expériences rapportées de ces intervenant·es concernant les besoins de soutien du corps professoral, notamment.

Les résultats de leur analyse des entretiens de groupe (n=14) révèlent surtout la complexité des demandes de soutien pouvant être associées au TSA.

Principaux résultats

Forces et défis des étudiant·es avec un TSA

L’analyse des entretiens de groupe montrent la variété et l’hétérogénéité des situations rencontrées (paragraphe §59). Les chercheuses ont été en mesure d’identifier les défis les plus fréquents et faisant les objets de demandes d’aide, soit :

Image : Canva
  • l’anxiété devant l’imprévu ;
  • les troubles associés (par exemple : trouble de l’humeur, trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité – TDAH, etc.) ;
  • les déficits des fonctions exécutives et les habiletés sociales ;
  • le manque d’autonomie ou d’adaptation. 

Le soutien offert dans les établissements d’enseignement supérieur doit donc être adapté aux différences individuelles tout en permettant à l’étudiant·e de développer son autonomie.

La présence de troubles associés – l’anxiété, la dépression ou le TDAH – qui accompagnent généralement le TSA peut faire en sorte que les besoins de cette population étudiante sont hétérogènes. Ces diagnostics peuvent augmenter les défis d’intervention et d’accompagnement (§60). 

Les étudiant·es ayant un TSA ont également des forces, comme la «persévérance, la motivation, la discipline, de bons résultats scolaires et une excellente mémoire» (§61). 

Leur persévérance permet entre autres de venir à bout des problèmes rencontrés, d’où l’importance de maintenir des attentes positives au regard des habiletés de l’étudiant·e. De telles attentes positives pourraient être favorisées par des activités de sensibilisation au TSA destinées au personnel des collèges et des universités (§61). 

Situations et besoins rencontrés par le corps professoral et les autres intervenant·es

L’analyse des entretiens de groupe a permis d’identifier les principaux sujets des consultations dans les services d’aide :

  • la rigidité comportementale et cognitive ;
  • la présence de comportements problématiques ;
  • la mobilisation de l’attention du/de la professeur·e par l’étudiant·e ;
  • les problèmes liés aux habiletés langagières.

Les intervenant·es observent aussi des difficultés relationnelles et des défis liés à l’insertion au marché du travail. Ces intervenant·es expriment leur sentiment d’impuissance face à ces étudiant·es ainsi que leur besoin de se sentir mieux outillé·es. Étant donné que ce sentiment d’impuissance peut découler d’un manque de connaissance du TSA, davantage d’activités de formation sur le TSA seraient bénéfiques pour le corps professoral (§63).

Les intervenant·es des services d’aide sont confronté·es à un dilemme important : favoriser l’autonomie des ESH tout en assurant des services de soutien. Des intervenant·es rencontré·es soulignent ce défi dans la période de transition vers l’âge adulte (§63).

Le dévoilement de la condition de l’étudiant·e constitue également un enjeu de taille. Si la personne ne dévoile pas sa condition, il peut être complexe d’intervenir en raison de la confidentialité et des droits de la personne (§63).

En somme, l’analyse des entretiens de groupe fait ressortir la complexité du rôle des intervenant·es des services d’aide travaillant auprès des étudiant·es ayant un TSA. Les personnes interrogées possèdent une variété de formations et d’expériences auprès de cette population étudiante. Les chercheuses se demandent ainsi dans quelle mesure les programmes de formation universitaire ou collégiale préparent aux interventions spécialisées auprès des ESH, dont le TSA (§63). 

Recommandations issues des entretiens de groupe

Compte tenu des caractéristiques des personnes ayant un TSA, l’accueil de ces étudiant·es implique un accompagnement significatif auprès d’eux et elles, de leurs enseignant·es et des autres intervenant·es de l’établissement.

L’analyse des entretiens de groupe permet aux chercheuses d’identifier des thématiques pour l’accompagnement de cette population étudiante :  

  • le soutien pour la gestion du temps et des priorités ;
  • l’adaptation à l’environnement postsecondaire ;
  • le soutien sur le plan social.

Ces thématiques pourraient représenter des objectifs d’intervention pour les intervenant·es dans des rencontres individuelles ou en groupe (§65). 

De plus, des ateliers portant sur des stratégies de gestion du stress et d’autorégulation des comportements pourraient aider le personnel à s’outiller sur la santé mentale des personnes ayant un TSA. Une formation sur l’anxiété et la dépression chez les personnes TSA, par exemple, pourrait constituer une occasion de collaboration avec les services de soutien psychologique (§65). 

L’analyse des entretiens montre également le besoin d’activités de sensibilisation du corps professoral et d’autres intervenant·es des collèges et des universités. La sensibilisation au TSA peut contribuer à augmenter la visibilité des services d’aide aux ESH (§66). 

Enfin, les chercheuses soulignent que des activités de formation offertes par des spécialistes du TSA peuvent permettre de développer des interventions utiles pour d’autres populations étudiantes. En effet, des défis comme les difficultés de rédaction, le manque de planification ou encore la procrastination sont aussi rencontrés par plusieurs étudiant·es des collèges et des universités (§66).

Source : Michaud, V. et Goupil, G. (2021). Trouble du spectre de l’autisme et études postsecondaires : points de vue d’intervenants des services d’aide aux étudiants. Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur, 37(3).

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