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France | Les sortants sans diplôme de l’enseignement supérieur en 2010 : tous décrocheurs ?

24 mai 2017 Universitaire

Dans le plus récent numéro de sa série CÉREQ ÉCHANGES (no.5), intitulé Rendement éducatif, parcours et inégalités dans l’insertion des jeunes : recueil d’étude sur la génération 2010, on retrouve un texte sur le cas des sortants sans diplôme de l’enseignement supérieur où l’auteur propose un changement de paradigme dans l’étude de cette problématique.

L’auteur de l’article, Boris Ménard, associé au CÉREQ ainsi qu’à l’Université de Toulouse 2 Jean Jaurès, présente des explications concernant la persistance du phénomène du décrochage dans l’enseignement supérieur, et ce, malgré le développement de politiques de lutte contre ce phénomène ou pour favoriser la réussite éducative ces 10 dernières années. En France, en 2010, c’est environ 23 % de l’ensemble des sortants de l’enseignement supérieur qui sont ressortis sans y avoir obtenu de diplôme. Il s’agit d’un pourcentage similaire à celui de 2004.

Pour tenter d’y voir plus clair, Ménard fait appel à l’approche des capabilités. Cela le mène à développer une typologie du décrochage en trois catégories afin de faire ressortir le caractère protéiforme du phénomène qui, selon lui, ne résulte pas «des seuls problèmes d’orientation et d’échec». Il avance plutôt que le décrochage est aussi une conséquence de stratégies étudiantes qui varient selon l’origine sociale. Ces stratégies impliqueraient une variation des comportements de reprise d’études postérieures.

Étudier le phénomène du décrochage universitaire d’un autre angle

L’auteur rappelle que le décrochage universitaire est un phénomène qui se mesure difficilement. En plus, cette mesure est partielle. Pour lui, il s’agit d’un phénomène qui «peut recouvrer des réalités extrêmement différentes comme par exemple celles de réorientations qui ne s’accompagnent pas nécessairement d’interruption d’études». Pourtant, la vision défendue dans les politiques relatives au décrochage est plutôt normative. C’est pour surpasser ce problème de perception que Ménard propose une analyse basée sur les capabilités. Il s’agirait là, dit l’auteur, d’un nouveau paradigme.

On peut lire que «l’approche par les capabilités s’intéresse à la liberté réelle des individus». Elle met ainsi l’emphase sur les choix de ceux-ci dans leur orientation et le lien étroit qui existe entre cette orientation et le décrochage.

Les données employées

Pour effectuer son analyse, l’auteur a employé les données issues de l’enquête Génération 2010 qui a été menée en 2013. Plus de 19 000 jeunes ont répondu à l’enquête. Il s’agit d’un échantillon représentatif des 369 000 jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2010 en France (hors IUFM).

Trois catégories de sortants

Pour Ménard, «les facteurs explicatifs du décrochage varient selon les formes qu’il revêt et surtout au moment où la sortie de l’enseignement supérieur intervient dans le parcours ».  Il a ainsi mené une analyse en composantes principales (ACM) et employé une classification ascendante hiérarchique afin de construire sa typologie des sortants sans diplôme de l’enseignement supérieur. La typologie en question est constituée de trois groupes qui tiennent notamment compte des éléments suivants :

  • Le niveau de sortie en 2010,
  • le nombre d’années passées dans l’enseignement supérieur,
  • le nombre d’aides dans l’orientation,
  • les vœux d’orientation,
  • l’affectation après le baccalauréat,
  • le retard dans la scolarité,
  • les raisons d’arrêt des études.

Les catégories constituées sont :

  1. Les « non-accrocheurs ». Ils sont ceux qui sont ciblés directement par les politiques publiques et composent près de la moitié des décrocheurs. Dans ce cas-ci, les raisons dites « choisies » l’emporteraient sur les raisons dites « subies » pour expliquer le décrochage.
  2. Les « accrocheurs qui abandonnent ». En ce qui concerne ces étudiants, une forte majorité avance également des « raisons choisies » pour justifier l’arrêt des études. C’est souvent l’entrée sur le marché du travail qui semble motiver la sortie.
  3. Les « persévérants en échec ». Pour leur part, ils constituent la plus petite catégorie. Ils ont souvent vécu un changement d’orientation au cours du premier cycle (83 % se sont réorientés entre leur entrée aux études supérieures et leur sortie). La fréquence des raisons subie est beaucoup plus proche des raisons choisies, si on compare aux autres groupes.

Des parcours hétérogènes

Étant donné l’hétérogénéité des causes et des facteurs explicatifs du décrochage, l’auteur propose « de ne pas se focaliser sur le seul fait de décrocher de l’enseignement supérieur ». Il croit plutôt qu’il faut s’intéresser « aux alternatives à disposition des jeunes et donc aux fonctionnements qu’ils réalisent consécutivement à leur sortie du supérieur, en particulier dans le système éducatif ».

Une mission à revoir pour les politiques publiques

En conclusion de son texte, Ménard affirme qu’à la lumière du cadre d’analyse qu’il propose, les politiques publiques ne devraient pas avoir pour mission de faire réussir tous les jeunes dans l’enseignement supérieur. Elles devraient plutôt « les accompagner dans leurs projets, quels qu’ils soient, afin de promouvoir leurs libertés de mener une vie qu’ils ont des raisons de valoriser, objectif qui ne recoupe pas nécessairement celui de l’obtention d’un diplôme ».

L’auteur termine en indiquant que des recherches supplémentaires en lien avec l’approche des capabilités sont nécessaires pour y voir plus clair. Il souligne notamment l’importance des études qualitatives qui permettraient de mettre en exergue les choix des jeunes et les alternatives qui s’offraient à eux au moment de quitter l’enseignement supérieur.

 

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