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Colloque | Retour sur l’événement « Les multiples visages de la réussite étudiante »

3 mai 2018 Universitaire

Le CAPRES était présent à cette quatrième édition du colloque Soutien à la réussite de l’Université de Montréal, qui met en valeur le travail de ceux et celles qui soutiennent et accompagnent les étudiants au quotidien : professionnels, professeurs, personnes-ressources, auxiliaires, etc.

L’édition 2018 de l’événement a été l’occasion de présenter quelques-uns des projets sur la réussite lancés par les facultés, parfois en collaboration avec le Centre étudiant de soutien à la réussite (CÉSAR). De l’élaboration des programmes au soutien individuel en passant par l’innovation pédagogique, les projets visent le soutien à la réussite des étudiants sous différentes formes.

Réussir, rebondir, devenir

Dans sa conférence d’ouverture, Serge Bouchard a présenté une vision anthropologique de la réussite. Selon lui, la vision économique, statistique et quantitative est devenue prédominante dans nos façons de faire et d’entrevoir les études. Il a référé à son propre parcours en partageant sa passion des « sciences molles », qui l’a mené à devenir libre penseur malgré ses « notes exécrables » au collège classique.

Selon l’anthropologue, au-delà des chiffres et des cibles, la réussite est avant tout une histoire de passion envers une ou des matières, et ce, depuis les Grecs, en passant par le Moyen-âge jusqu’au XXIe siècle. C’est aussi une histoire de rencontres de personnes significatives qui marquent le parcours de l’étudiant,  rencontres qui orientent et même façonnent en grande partie son devenir. La réussite, c’est donc avant tout une relation qualitative entre l’enseignant et l’étudiant.

L’essayiste a également insisté sur la nécessité de franchir des obstacles, dont le dépassement fait partie de la formation de l’être humain. Selon lui, les échecs sont un élément constitutif de l’éducation ; il y a toujours des contrariétés, des efforts, des sacrifices. La réussite émerge précisément de ces difficultés surmontées.

Or, cette réussite demande du temps, de l’apprentissage, de la pratique. Le défi actuel est d’amener les étudiants à découvrir la force de l’engagement dans un projet d’études, sans bénéficier immédiatement des retombées –  et avec tout ce que cela comporte d’épreuves à traverser.

Mise à niveau des compétences

Tatjana Leblanc et Mithra Zahedi, toutes deux de la Faculté d’aménagement, ont ensuite présenté un projet plus concret en design. Elles ont d’abord remarqué que certains étudiants avaient des difficultés en dernière année de parcours, lors de laquelle ils doivent élaborer un projet de design. Selon leurs observations, plusieurs peinent à se faire confiance pour effectuer des choix dans le cadre de cette activité finale.

Comment les aider tout en intégrant les apprentissages précédents, juste avant d’entamer cette dernière année décisive ? Elles ont organisé un bootcamp de dix jours pour mettre à niveau leurs compétences avant la rentrée, afin de :

-développer leur confiance en eux ;

-prendre conscience de leurs forces et faiblesses dans un contexte sécurisé, en petit groupe, en étant guidé ;

-être évalué, critiqué, d’échouer et de recommencer le projet.

Des périodes d’exploration et de discussion ont aussi permis le développement d’un sentiment de compétence et de réussite, comme l’a témoigné un étudiant participant.

Le cas de la Faculté des sciences de l’éducation

Pascale Lefrançois et Josianne Robert, de la Faculté des sciences de l’éducation (FSÉ), ont quant à elles expliquer comment les données institutionnelles ont permis de mieux connaître les raisons d’abandon des programmes, dont certains atteignent 65 % de diplomation. La question de départ : pourquoi certains étudiants partent-ils ? Est-ce par manque de soutien de la Faculté ? Leur enquête a permis de découvrir que la grande majorité de ceux ayant quitté affirment que l’université n’aurait rien pu faire pour prévenir leur départ. De plus, cette enquête a montré que 82 % de ceux qui connaissaient les services d’aide ne les ont pas utilisés.

Afin de contribuer à la réussite des étudiants en difficulté, la FSÉ a développé des outils pour ces futurs enseignants :

  1. un outil de suivi en ligne, J’emBARC, pour les étudiants en difficulté (+/- 10 % des étudiants), avec la participation d’une conseillère pédagogique ;
  2. un projet de tutorat par les pairs en français ;
  3. un centre d’aide en mathématique.

Les mères et les immigrants récents font partie des étudiants en difficulté. Les motifs de consultation concernent surtout l’organisation du temps, les stratégies d’études, l’aide en français et la gestion du stress. Les outils développés visent donc à amener les étudiants à s’engager dans une démarche d’aide.

La puissance du mentorat

Julie Gosselin et Catherine Fouron, de la Faculté des études supérieures et postdoctorales, ont présenté le mentorat comme un outil facilitateur de l’intégration professionnelle dans le cas de doctorants. Ce projet pilote visait au départ à sonder les besoins des détenteurs de Ph.D ou en voie de le devenir. La carrière professorale n’étant plus la seule avenue possible à la suite d’études de troisième cycle, plusieurs universités s’engagent dans l’accompagnement des doctorants pour développer des compétences transversales professionnelles. Le mentorat, l’une de ces avenues, propose un accompagnement personnalisé.

L’originalité du projet réside dans le jumelage interdisciplinaire : chaque mentoré a été jumelé avec un mentor qui n’oeuvre pas nécessairement dans le même domaine. L’intention de départ était qu’un doctorant qui, par exemple, souhaite démarrer une PME, soit jumelé davantage avec un entrepreneur qu’avec un chercheur en sciences fondamentales.

Le projet s’est avéré fort enrichissant, et ce, autant pour les mentors que les mentorés. Des recommandations seront prises en compte afin d’améliorer le programme.

Étudiants de médecine en difficulté

Nathalie Caire Fon, de la Faculté de médecine, a présenté un projet visant à aider les externes en difficulté (soit de 7 à 15 % des étudiants), qui ont des problèmes cognitifs, affectifs, organisationnels et interpersonnels/communicationnels. Il a été remarqué que plusieurs d’entre eux rencontrent des difficultés avec les méthodes d’études.

Le projet s’est concentré sur l’aide au développement du raisonnement clinique, soit la capacité à résoudre un problème clinique. En collaboration avec le CÉSAR, les responsables du projet ont constaté une anxiété sous-jacente, de même qu’un manque de confiance en soi pour s’affirmer dans le milieu de stage.

Selon la responsable du projet, la réussite individuelle de ces étudiants profitera à la société entière, en diversifiant le profil des médecins en exercice qui, eux aussi, auront connu des difficultés comme plusieurs de leurs patients. L’enjeu de développer une culture de la demande d’aide demeure, car une culture de performance prévaut actuellement dans des disciplines comme la médecine.

Mieux vivre l’anxiété

Dania Ramirez et Josée Sabourin, du CÉSAR, de même qu’Isabelle Duchesnay, de la Faculté de médecine, ont pour leur part présenté une trousse web pour les étudiants en médecine qui souffrent d’anxiété de performance, mais qui peut être consultée par quiconque s’en préoccupe. Bien que ce type d’anxiété ne soit pas nouveau, il est exacerbé notamment par une vision actuelle de la réussite sans échec.  Cela est particulièrement vrai dans le cas des étudiants performants dans des domaines à hautes exigences, qui n’ont pas développé de stratégies face à l’échec, n’ayant pas connu d’échec dans leur parcours scolaire.

Créée en co-construction avec les étudiants, la trousse vise donc à démystifier et à illustrer l’anxiété de performance, à s’autoévaluer et à développer des réflexes de consultation lors de moments jugés difficiles. Les applications développées permettent une communauté de partage visant à contribuer à un changement de culture en santé mentale.

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