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UQAT : l’importance des liens avec les communautés

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L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)[1] fait figure, avec le Centre des Premières Nations de Nikanite – UQAC,  de pionnière au Québec sur le plan de l’accessibilité des étudiants des Premiers Peuples à l’enseignement supérieur, et ce, dans 1) les services offerts, 2) l’apprentissage et de la transmission des savoirs autochtones et 3) la cogestion avec les communautés.

L’approche holistique

C’est l’approche holistique qui constitue le fondement des trois volets que sont le Service Premiers Peuplesl’École d’études autochtones et le modèle de cogestion avec les communautés.

Cette approche est centrée sur l’individu et ses différents besoins, qui sont d’ordre physique, mental, spirituel et affectif. Elle favorise l’harmonisation des aspects physiques, spirituels, rationnels et affectifs et leur accorde une importance égale (Mark, 2012).

Le cercle est souvent utilisé pour représenter l’inséparabilité de l’individu, de la famille, de la communauté et du monde ; il symbolise le principe de l’harmonie ou de l’équilibre entre tous les aspects de la vie d’une personne.

Selon cette approche, les êtres humains doivent être en harmonie avec leur environnement physique et social s’ils veulent vivre et s’épanouir. Un déséquilibre risque d’empêcher la personne d’atteindre son plein potentiel en tant qu’être humain.

(Mark, 2012)

Premier volet : le Service Premiers Peuples

L’approche holistique exige une grande polyvalence de la part des professionnels qui soutiennent et accompagnent les étudiants pendant leurs parcours universitaire. L’équipe du Service Premiers Peuples offre un service personnalisé à l’ensemble des étudiants du campus de Val-D’Or, mais elle a aussi développé une expertise qui permet de répondre aux besoins spécifiques des étudiants des Premiers Peuples sur les plans scolaire, familial, social et culturel, et ce, dans un environnement culturellement sécurisé (voir Notion clé du dossier).

Pavillon des Premiers Peuples, UQAT, Val-d’Or

Pour ce faire, des services bilingues ont été développés, notamment un comité de vie étudiante autochtone et un groupe de femmes qui permettent de partager des réalités vécues, de créer un réseau d’entraide et d’alléger le stress des études, tout en faisant de l’artisanat traditionnel avec des aînés. Les intervenants et professionnels offrent aussi de l’écoute et conseils aux étudiants qui vivent des difficultés personnelles, familiales ou autres, de même qu’un accompagnement pédagogique personnalisé. Des espaces de rassemblement destinés spécifiquement aux étudiants des Premiers Peuples sont l’une des mesures les plus efficaces et appréciées pour soutenir leur réussite intégrée, certains étudiants les décrivant souvent comme un « home away from home » (Dufour et Bousquet, 2015).

Les étudiants des Premiers Peuples sont également orientés vers les services offerts à Val-d’Or (logement, garderie, etc.). L’approche holistique permet de reprendre le contrôle de leur vie, de (re)trouver leur équilibre et d’envisager leur vie dans son ensemble.

Par ailleurs, c’est par la collaboration et le partenariat avec les communautés que la plupart des activités culturelles sont organisées. En effet, en maintenant des relations avec les communautés avoisinantes et organismes autochtones, il est possible de mieux connaître et approfondir les enjeux, les réalités et les cultures des Premiers Peuples.

Deuxième volet : l’École d’études autochtones

En créant l’École d’études autochtones (ÉÉA), en juin 2016, l’UQAT a fait le choix d’élaborer des programmes qui tiennent compte des approches d’apprentissage et de transmission des connais­sances propres aux Premiers Peuples. Il s’agit, à ce jour, du seul département universitaire québécois à considérer les études autochtones selon une approche holistique.

L’une des réflexions en amont de la création de cette École est la suivante : les questions autochtones au sein des universités sont souvent abordées dans des programmes d’anthropologie ou d’ethnologie, dans lesquels les allochtones étudient les Premières Nations ou, à l’inverse, dans des programmes réservés à ces dernières.

(Asselin cité par Venne, 2016; Plan d’action de l’ÉÉA, 2018)

L’UQAT a tenu à ce que ces deux populations se côtoient dans un réel co-développement des connaissances.  L’École a aussi pour mission d’offrir son appui et son expertise aux départements et aux services afin qu’ils intègrent les valeurs et les réalités des Premiers Peuples dans leur offre de formation (UQAT, 2018). Les professeurs, les chargés de cours et les membres du personnel de l’École d’études autochtones et du Service Premiers Peuples abordent ainsi la réussite éducative dans une perspective holistique.

En valorisant l’identité des Premiers Peuples et en excluant aucun individu, l’offre de programmes et de services holistiques peut contribuer à permettre aux Premiers Peuples de reprendre le contrôle de leur vie et retrouver leur équilibre (Mark, 2012).

Retombée d’un projet Synergie

Un projet Synergie Cégep-Université, en 2015, avait comme objectif de diffuser auprès des membres du corps professoral et des services aux étudiants du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue et de l’UQAT des stratégies gagnantes pour l’enseignement aux étudiants des Premiers Peuples (Bérubé et Cornellier, 2016).

Une collecte de données effectuée auprès de 36 professeurs, enseignants et chargés de cours a permis de recenser les stratégies mises en place par ceux-ci et ayant du succès auprès des étudiants autochtones. Les 32 étudiants participants ont, quant à eux, partagé leurs réalités et leurs défis, transmis leurs stratégies de réussite et exprimé leurs besoins.

(Bérubé et Cornellier, 2016)

Afin de répondre au besoin évoqué par les enseignants de créer plus d’échanges et de partage, l’UQAT a entrepris de développer des outils web. Des capsules vidéo ont été créées et diffusées parmi la communauté de l’UQAT dans le but :

  • d’offrir des outils pédagogiques et de sensibilisation aux enseignants et futurs enseignants auprès d’étudiants des Premiers Peuples aux niveaux collégial et universitaire;
  • d’offrir un outil de diffusion de pratiques pédagogiques et de stratégies d’enseignement gagnantes, favorisant ainsi un transfert auprès des étudiants des Premiers Peuples et soutenant leur réussite;
  • d’offrir un outil sensibilisation à l’interculturalité et à la réalité des étudiants des Premiers Peuples au niveau postsecondaire;
  • de présenter les services qu’offrent le Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue et l’UQAT.

Les capsules vidéo portent sur différentes thématiques, notamment :

  • les étudiants des Premiers Peuples et leurs réalités : leur histoire, leurs défis, l’adaptation à un nouvel environnement, au rythme et aux exigences postsecondaires;
  • les pratiques pédagogiques : les stratégies gagnantes, l’approche et la disponibilité, l’apprentissage et ses défis (notamment en ce qui concerne la langue ), les cartes conceptuelles;
  • l’interculturalité : la perception de l’éducation des étudiants des Premiers Peuples, l’importance de la famille et de la communauté, le lien d’appartenance, le deuil (Bérubé et Cornellier, 2016).

L’équipe de l’UQAT planifie présentement une plus large diffusion des capsules vidéo afin que les enseignants et les intervenants du Québec puissent bénéficier de cet outil enrichissant et ainsi mieux comprendre, soutenir et accompagner leurs étudiants des Premiers Peuples.

Troisième volet : le modèle de cogestion avec les communautés Inuit[2]

Depuis 1984, l’Unité d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation de l’UQAT a établi un partenariat avec les communautés Inuit[3] d’Ivujivik et de Puvirnituq au Nunavik. Celui-ci s’appuie sur une approche de cogestion de programmes[4] qui est devenue un modèle pour maintenir une relation durable avec ces communautés.

Aujourd’hui, ce modèle est mis en application pour la conception, la révision et la gestion d’autres programmes offerts par l’UQAT à des communautés autochtones. Il vise à :

  • mettre en place une offre de formation axée sur les besoins des étudiants et des enseignants des communautés, et adaptée au milieu nordique et à la culture (ex : Inuit, Cri, Atikamekw, etc.);
  • assurer la sécurisation culturelle (voir Notion clé du dossier) de la gestion de programmes;
  • favoriser le regroupement et briser l’isolement des acteurs de l’éducation dans les communautés, particulièrement en milieu nordique.

Dans le cadre de la mise en œuvre du modèle de l’UQAT dans les communautés d’Ivujivik et de Puvirnituq, un comité de cogestion des programmes s’assure du bon déroulement des activités touchant à la formation des enseignants inuit. Ce comité est formé de trois membres de la communauté d’Ivujivik, de trois membres de la communauté de Puvirnituq et de trois membres de l’UQAT. Les rencontres du comité couvrent la « coconception », « corévision » et la « cogestion » de programmes.

Les « collègues » inuit travaillent avec des professeurs de l’UQAT afin de valider que les contenus des cours sont pertinents pour les étudiants, ce qui contribue à assurer un respect de la culture et du milieu.

Le comité tient des rencontres mensuelles à distance par visioconférence ou par téléphone, ainsi que deux rencontres annuelles présentielles de deux jours. Les contacts sont fréquents entre ces rencontres.

Lors des séances de formation, les cours sont offerts en équipe, soit : un professeur (ou chargé de cours) qui travaille avec un coenseignant inuit. Les cours se déroulent à Ivujivik et à Puvirnituq, en anglais, en inuktitut, et de plus en plus en français. Ainsi, une formation biculturelle et trilingue est offerte aux étudiants de ces communautés.

Il s’agit d’un modèle qui exige la participation active des professeurs, des chargés de cours et du personnel professionnel et de soutien de l’UQAT. Ainsi, le personnel de l’URFDEMIA[5] agit comme un acteur de première ligne dans la gestion académique, à titre de facilitateur entre les étudiants et les services administratifs.

Résultats

Ce partenariat, qui existe depuis 35 ans, a permis à 28 étudiants du certificat de développement de la pratique enseignante en milieu nordique d’obtenir leur diplôme, de même qu’à 12 étudiants du certificat en enseignement au préscolaire et au primaire en milieu nordique II.

La réussite de ce modèle de cogestion à l’UQAT repose sur la reconnaissance de l’égalité de statut et de l’interdépendance des deux groupes de partenaires, soit les Inuit (ou d’autres partenaires autochtones) et les formateurs universitaires (professeurs réguliers et chargés de cours).

Les gradués représentent des modèles pour le développement de leur communauté, comme en témoigne l’attribution, en 2017, du prestigieux Prix Indspire 2017 « Guider la voie »[6] à Siaja Mark Mangiuk, diplômée de l’UQAT et membre du groupe de cogestion des programmes de formation des enseignants. Ce partenariat a également permis de soutenir des projets éducatifs dans les communautés.


[1]L’UQAT comprend trois campus (Rouyn-Noranda, Val-d’Or et Amos) et quatre centres régionaux (Abitibi-Ouest, Témiscamingue, Mont-Laurier, Montréal) et deux points de services (Chibougamau et Lebel-sur-Quévillon).

[2] Ce troisième volet a été corédigé avec Vincent Rousson, directeur du campus de Val-d’Or à l’UQAT.

[3] Le terme invariable Inuit est privilégié dans l’ensemble de ce dossier, sauf pour les références dont le titre d’origine a été conservé. Pour en savoir plus : Dorais, L.-J. (2004). « Rectitude politique ou rectitude linguistique? Comment orthographier “Inuit” en français », Études/Inuit/Studies, 28(1) : 155–159.

[4] Par exemple, le certificat de développement de la pratique enseignante en milieu nordique, le certificat en enseignement au préscolaire et au primaire en milieu nordique II et le certificat d’enseignement au préscolaire et enseignement primaire en milieu nordique.

[5] L’Unité de recherche, de formation et de développement en milieu inuit et amérindien (URFDEMIA) soutient divers projets en éducation qui proviennent du milieu. Les professeurs-chercheurs y mènent des activités de formation, de recherche et de développement axées sur le curriculum scolaire, la formation des enseignants, le contact des langues, le développement de la littératie et l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) en contexte autochtone.

[6] Catégorie Éducation autochtone dans le volet culture, langue et traditions.

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