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Inégalités d’accès au cégep | Résultats de recherche

8 janvier 2019 Collégial

Dans un article à paraître, Benoît Laplante (INRS), Pierre Doray (UQAM), Emilie Tremblay (UQAM), Pierre Canisius Kamanzi (UdM), Annie Pilote (ULaval) et Olivier Lafontaine (UQAM) montrent que l’accès à l’enseignement postsecondaire au Québec varie selon la filière fréquentée au secondaire et que la fréquentation des filières est très clairement liée au capital scolaire de la famille.

L’article, intitulé L’accès à l’enseignement postsecondaire au Québec : le rôle de la segmentation scolaire dans la reproduction des inégalités (disponible en libre accès), se penche sur le système actuel de « filières différenciées » des écoles privées et publiques, système qui favoriserait la reproduction des inégalités.

Écoles privées et publiques

Au cours des dernières décennies, les écoles publiques du Québec ont adopté des stratégies pour concurrencer les écoles privées en offrant différentes formes de programmes enrichis (sport-études, P.E.I., langues, etc.). Les écoles privées – presque toutes subventionnées – ont à leur tour développé de tels programmes, en plus de sélectionner leurs élèves.

L’étude de Laplante et ses collègues vise donc à mieux comprendre le rôle de la segmentation du système d’enseignement secondaire dans la reproduction sociale et spécifiquement dans l’accès aux études collégiales.  Pour ce faire, les chercheurs ont examiné les liens entre :

  • l’origine sociale;
  • la fréquentation d’une filière de l’enseignement secondaire;
  • l’accès aux études collégiales.

Concrètement, ils ont étudié les probabilités d’accéder à chaque filière selon l’origine sociale, d’accéder au cégep selon la filière fréquentée au secondaire et l’effet de l’origine sociale sur la probabilité d’accéder au cégep.

Données utilisées

Les données administratives du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MÉES) sur les cheminements des élèves d’un échantillon d’un quart de la cohorte entrée au secondaire en 2002–2003 ont été utilisées, de même que deux mesures du capital scolaire et du capital économique des familles.

Ce choix de données donne un nouvel éclairage. En effet, seul l’effet global des matières enrichies avait été étudié jusqu’à maintenant (Kamanzi et Maroy, 2017). Laplante et ses collègues vont plus loin en distinguant les programmes auxquels sont inscrits les élèves, de même que l’accès au cégep et l’accès à l’université.

Principaux résultats

Les résultats montrent une représentation précise du mécanisme par lequel les deux formes du capital – scolaire et économique – se transmettent au moyen des filières et par-delà, dans leur action directe sur l’accès aux études postsecondaires.

Le capital scolaire joue le rôle attendu, mais pas le capital économique dont la reproduction suit une logique qui lui est propre. L’analyse comparée de l’accès par type de projet selon le statut de l’école montre que l’avantage conféré par le secteur privé dans l’accès aux études postsecondaires varie en raison de la position des projets dans leur hiérarchie : il est :

  • important pour l’enseignement régulier;
  • modeste pour les programmes enrichis;
  • nul pour le programme d’éducation internationale (PEI).

Le capital scolaire semble se reproduire de manière « simple » : plus il est élevé au départ, plus il augmente la probabilité de suivre une filière enrichie dans une hiérarchie dont la base est l’enseignement régulier des écoles publiques et le sommet, le programme d’éducation internationale des écoles privées.

Le capital économique n’augmente pas la probabilité de fréquenter le secteur privé. Son seul effet réel sur le choix de la filière semble être – étonnamment – de réduire la probabilité de fréquenter le PEI d’une école privée et d’augmenter la probabilité de fréquenter celui d’une école publique. 

En somme, les résultats de l’étude sur le rôle de la segmentation scolaire dans la reproduction des inégalités montrent que « la concurrence entre les écoles publiques et les écoles privées a mené à une structure de ségrégation qui favorise la reproduction des héritages socioéconomiques et culturels par l’intermédiaire du choix de la filière de l’enseignement secondaire ».

Laplante et al. (2018). 

L’étude montre que l’accès à l’enseignement postsecondaire varie de manière importante selon la filière et que l’accès aux filières dépend de l’origine sociale.

Pistes d’action

Partant de l’idée que l’école est un lieu permettant d’acquérir des connaissances qui dépassent le programme régulier, les auteurs se demandent si le fait d’offrir des activités parascolaires obligatoires pourrait constituer une forme de formation complémentaire ou encore des projets pédagogiques particuliers ouverts à tous les élèves.

Les élèves issus de familles à capital scolaire ou économique élevé seraient probablement plus enclins à profiter de ces offres. Or, selon les chercheurs, s’il est impossible d’empêcher toutes les stratégies de reproduction, l’école et les fonds publics pourraient être utilisés pour « réduire les inégalités plutôt que pour mettre en place tout ce qu’il faut pour les reproduire et les accroître ».

Accéder à l’article en libre accès

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